Revue de presse : La Dépêche : La chaussée de Saleth menacée

source :

http://www.ladepeche.fr/article/2016/08/05/2396159-la-chaussee-de-saleth-menacee.html

La chaussée de Saleth va-t-elle disparaître? C’est la question que se pose Dominique Perchet, géographe, auteur de plusieurs ouvrages sur la mise en valeur du patrimoine économique et industriel, installé à Saint-Antonin-Noble-Val. Nous sommes allés à sa rencontre afin de connaître les raisons de son inquiétude.

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L’imposante chaussée de Saleth. à gauche, on aperçoit le début de l’île, et au fond, le moulin.

Pourquoi cette inquiétude?

Parce que le propriétaire des lieux (centre de vacances, moulin, rives nord et sud de l’Aveyron, île au milieu de la rivière), qui est la mairie de Montauban, a lancé une procédure devant aboutir à la destruction de la chaussée. Un comité de pilotage s’est réuni fin mai, et à la lecture du compte rendu, on peut se dire qu’il n’y a plus débat : à la fin de l’année, la chaussée de Saleth aura vécu! Saleth, c’est une source (la source du Prince Noir); à proximité immédiate du site, se trouve le petit édicule qui marque le premier captage de la source. C’est aussi, en amont de Saint-Antonin-Noble-Val, un site médiéval : une chaussée et un moulin sur l’Aveyron. Grâce aux travaux de Jean-Louis Laborie, nous savons que les lieux sont occupés et aménagés dès le Moyen âge, et Saleth est un moulin à blé et un foulon qui participe pleinement à l’économie locale.

Quels sont les arguments avancés par la mairie de Montauban?

Comme pour les autres chaussées sur les rivières de la région, il est question de continuité écologique : permettre la remontée des poissons et la descente des sédiments. L’Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques), qui a pris la suite du Conseil supérieur de la pêche, met en application la directive cadre européenne (DCE) sur l’eau, transcrite dans le droit français par la loi sur l’eau du 30 décembre 2006. Sauf que la DCE n’a jamais obligé à démolir les chaussées. Ce qui compte, c’est le résultat : la qualité de l’eau et des milieux aquatiques. Les propriétaires, privés ou publics, des moulins et des chaussées se sont inquiétés. Les ouvrages ont souvent une valeur historique, ils façonnent des paysages appréciés des habitants et des touristes. Ils produisent de la valeur énergie. Qu’on se souvienne du tollé quand, à Saint-Antonin-Noble-Val, a été évoqué l’effacement de la chaussée de Roumégous.

Revenons à Saleth…

Si une chaussée est ancienne, c’est bien celle-là. Mais cet intérêt n’a absolument pas été évoqué en réunion car seuls les tenants de la continuité hydrologique ont été conviés. Personne ayant compétence en culture et patrimoine n’a été invité. Le coût de la démolition a été évoqué. Il n’est pas neutre : jusqu’à 300 000 € pour effacer un ouvrage qui ne dérange personne, qui n’a jamais empêché les poissons de remonter. Nous avons écrit au maire de Montauban pour lui proposer de participer à un projet de valorisation hydraulique des chaussées de la commune de Saint-Antonin-Noble-Val, courrier sans réponse. Mais peut-être qu’un futur acquéreur de Saleth pourrait être intéressé par ce projet qui s’inscrit dans un appel à projets de la région Occitanie et qui intéresse le pays Midi-Quercy. Remarquons aussi que, pour certains, l’opération de Saleth est présentée comme le commencement d’un chantier plus vaste qui pourrait se répéter en aval : Gravier, Roumégous, Cazals… Car l’Onema n’a pas renoncé : les chaussées sur l’Aveyron, la Bonnette… sont dans le collimateur.

La mairie de Montauban est propriétaire de la chaussée, mais finalement, à qui appartient le paysage?

Un propriétaire peut-il librement supprimer ce qui est aussi un bien commun? Nous attendons que le conseil municipal de Saint-Antonin-Noble-Val réaffirme que ce bien, quoique privé, appartient aussi à tous et que la destruction de ce patrimoine n’est pas forcément bienvenue. Sur les réseaux sociaux, la nouvelle a ému nombre de lecteurs, dont certains souhaitent agir pour éviter le pire. Espérons que la raison primera.