Ralentir, un choix de ville

A contre-courant de la frénésie urbaine, le mouvement «Slow» trouve de plus en plus d’écho chez les citadins.

En 1936, Le Corbusier le constatait déjà : «Les vitesses mécaniques nouvelles ont bouleversé le milieu urbain, instaurant le danger permanent, provoquant l’embouteillage et la paralysie des communications, compromettant l’hygiène.» Que dire aujourd’hui alors que 60% de la population vit en ville et que la vie moderne est soumise à une véritable dictature de l’urgence ? Choisir le parcours, le transport le plus rapide, manger dans des fast-foods, aller à un speed dating, être connecté en permanence à son travail, à ses amis, courir sans cesse contre la montre…

La «famine temporelle» guette le citadin, sentiment commun – analysé par le philosophe Hartmut Rosa (1)-, que le temps nous file entre les doigts malgré l’utilisation de technologies censées nous faciliter la vie. Cette société du temps accélérée se reflète dans la ville moderne. Agir sur la ville, solution pour sortir de cette aliénation ? Comment ralentir la ville pour ralentir la vie ?

Charte.

A contre-courant de la frénésie des mégalopoles, les initiatives pullulent qui ont pour unique objectif de vivre bien en ville. Parmi elles, le réseau «CittaSlow» fondé en 1999, issu du mouvement italien Slow Food, réunit 168 villes dans 25 pays. La charte comprend 70 recommandations et obligations pour les cités qui veulent le label escargot : transports alternatifs, convivialité, mise en valeur du patrimoine local, respect de l’environnement, démocratie participative… En France, parmi les sept villes qui ont rejoint le mouvement, il y a Blanquefort, 15 000 habitants, dans la grande banlieue de Bordeaux. Véronique Ferreira, maire (PS) :«Notre priorité n’est pas d’attirer les touristes mais de créer les conditions d’un vivre-ensemble. Par exemple, pour un projet immobilier qui déplace cinq logements, nous pratiquons un urbanisme négocié mettant en présence le promoteur, le vendeur et la mairie. Il ne s’agit pas de figer la ville, c’est normal qu’elle évolue. Faire partie de ce réseau nous aide à maîtriser son développement.»Un bémol et pas des moindres : alors que le nombre de mégalopoles explose, les «Cittaslow» doivent comprendre moins de 60 000 habitants.

Pic.

En Grande-Bretagne, «Villes en transition», mouvement crée en 2006 par Rob Hopkins, invite les citoyens à «créer un avenir meilleur et moins vulnérable face aux crises écologiques, énergétiques et économiques». A l’inverse de «Cittaslow», où les municipalités sont à l’initiative, ce sont les citoyens qui sont au cœur du projet. Des groupes de travail sont constitués pour trouver des solutions locales en cas de pic pétrolier ou de pénurie alimentaire. L’action locale fait loi.

A Totnes, ville expérimentale en Irlande, a été créée une monnaie locale, la «Totnes Pound», afin de relocaliser les échanges économiques. Aujourd’hui, le réseau compte 250 initiatives dans une quinzaine de pays.

Ces initiatives encore marginales, notamment en France, constituent de véritables laboratoires d’idées pour remettre l’humain au cœur de la ville. Pourtant, peu de politiques semblent prêts à y puiser. Un paradoxe alors que plus que jamais il convient de retrouver le sens premier au mot «urbain» : vivre ensemble et bien.


Par ANASTASIA VÉCRIN (Libération 22 février 2013)  – FORUM ILE-DE-FRANCE