Journée d’hommage à Georges Julien : sa vision du centre-ville : “revitaliser”

Samedi 21 mai, la Société des Amis du Vieux Saint-Antonin a rendu hommage  à Georges Julien qui a été tour à tour instituteur, directeur d’école, président du syndicat d’initiative, de la Société des Amis du Vieux Saint-Antonin, archiviste municipal, chercheur, animateur infatigable. Pour notre part, nous avons remarqué un texte prophétique de 1978 sur la ville et le centre-ville de Saint-Antonin que nous vous proposons ici ;

Y a-t-il malentendu ?

Le rapport moral que j’ai, présenté en conclusion de l’assemblée générale du 20 août dernier portait uniquement sur les buts de notre société. Je voulais ainsi justifier la décision, prise par le conseil d’administration, de réserver la médaille d’honneur aux seules restaurations entreprises dans le vieux Saint-Antonin et. surtout, rappeler à nos adhérents ce qui, à mon sens, a été et doit rester la raison d’être de notre société : la conservation des sites et des monuments.

Le débat animé, âpre parfois, qui a suivi mon intervention a clairement mis en lumière des divergences de conception sur ce que je croyais être admis par tous : sauver de la ruine le Vieux Saint-Antonin, ruine engendrée par le déclin économique qui frappe notre ville depuis un quart de siècle, ruine aggravée par l’exode de beaucoup de ses habitants vers la banlieue au cours des vingt-cinq dernières années.

Or la topographie médiévale de la vieille ville, la qualité exceptionnelle de l’architecture de certains édifices anciens constituent l’élément majeur de l’attrait touristique de Saint-Antonin même si tous n’en ont pas conscience, et, par conséquent, un atout majeur pour le maintien d’une relative prospérité économique. Il y a donc « intérêt » à protéger cette source de richesse tt matérielle et c’est dans cette perspective que s’est exercée toute mon activité depuis huit ans. Mais ce faisant, je n’ai pas voulu être le naïf passéiste qu’on imagine. J’ai essayé de convaincre qu’il était possible de vivre dans le vieux Saint-Antonin ; j’ai toujours affirmé qu’il ne suffisait pas de conserver et de restaurer mais qu’i1 fallait revitaliser le centre ancien. Je reste convaincu que c’est une entreprise réalisable. Que ceux qui veulent rester sceptiques se donnent la peine de regarder ailleurs. Partout, en notre région comme en d’autres, en France comme à l’étranger, on assiste à une remise en question, timide mais réelle, du principe, jadis proclamé comme définitif de vie hors du centre-viIle. Partout des efforts considérables sont entrepris pour rénover et faire revivre les quartiers anciens désertés : voyez Montauban, voyez Conques, voyez Sainte-Enimie … et que serait Sarlat aujourd’hui s’il n’avait bénéficié de cette si heureuse renaissance ?

st-antonin-la-place-du-pontChez nous. dira-t-on, ce n’est pas le même problème et c’est vrai que l’on doit déplorer, chaque année de nouveaux départs vers «le soleil, l’espace, l’horizon ». Mais, pour être juste, il faut bien admettre que se produisent aussi des « retours ». Qu’un médecin exerce, et habite. qu’un dentiste décide de s’installer, dans la vieille ville me paraît particulièrement significatif et encourageant. C’est là un argument de poids à ma thèse me semble-t-il ! Sans parler des commerçants qui continuent. pour la plupart, de vivre en vile, des artisans d’art qui y sont installés et ont fait revivre des maisons mortes depuis des années, et de tous les travailleurs qui y sont encore, pas toujours de leur gré, je l’avoue : mais c’est ici qu ‘intervient la nécessaire modernisation des logements anciens et insalubres.

Faute de moyens financiers, notre société ne peut encourager ces «retours », cette « fidélité » que par l’attribution d’une médaille. Voilà pourquoi, cette année, des médailles, trop nombreuses nous dit-on, ont été décernées uniquement à des habitants du centre ancien. (…)

Décembre 1978  – Georges Julien www.savsa.net